La gare : rencontre avec un lieu qui n'a pas lieu d'être

 

C'est l'histoire d'une maison, pas bleue du tout, mais quand même adossée à la colline. On y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clef.

C'est l'histoire d'une gare abandonnée, reconvertie en club de jazz. Loin des parterres fleuris et généreux des beaux quartiers parisiens, le nouveau lieu le plus hippie de la capitale se trouve en marge, bien accroché à la Petite Ceinture. "La Gare", un nom bien brut pour une adresse aussi raffinée, fait jaser les parisiens depuis maintenant quelques nuits.

Tous les soirs, en semaine comme le week-end, une sélection de groupes éclectiques se succèdent pour faire revivre la Gare du pont de Flandre, dont les vieilles giboles étaient emplâtrées dans le 19ème arrondissement depuis la fermeture de la majorité des stations de la Petite Ceinture, en 1934. Attention aux apparences...ses jambes swinguent comme à la vieille époque ! La façade aussi semble avoir pris un petit coup de vieux, malgré le passage du street-artiste Julien de Casablanca, mais qu'importe les rides, il faut savoir rester jeune dans sa tête.

Quelques années auparavant, la vieille bâtisse avait bien tenté une petite aventure avec un collectif d'artistes, qui avait lancé en son sein le squat "Gare aux gorilles", mais jamais la gare n'aurait cru retrouver un jour avec autant d'intensité la frénésie de ses jeunes années.

Swing, free jazz, jazz contemporain, cuivres, claviers et batteries, professionnels ou étudiants, La Gare n'obéit à aucune règle si ce n'est celle de ne pas en avoir. Pour satisfaire toutes les bourses, aucun prix n'est fixé. Le projet repose sur une participation libre. Les artistes aussi donnent ce qu'ils veulent : du projet inachevé à l'improvisation la plus totale, la scène devient alors un espace de liberté absolue, sans aucune restrictions, qui leur offre la permission de souffler le chaud et le froid dans une salle bruyante mais souvent conquise.

C'est l'histoire d'une maison où l'on passe de superbes soirées, qui nous font réaliser que, depuis les années folles, le jazz n'a rien perdu de sa superbe. La Gare de Flandre non plus.

Lucas Aubry

La Gare                                                                                                                                                                                                                            Rendez-vous tous les soirs à partir de 21h (voir programmation)                                                                                                                                  Avenue Corentin Cariou, 75019, Paris

 

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Lisa Marguenot