Luigi Ghirri, un photographe aux couleurs de son temps

 
LuigiGhirri_Pescara1972.jpeg
Si la photographie est un voyage, elle ne l’est pas dans le sens classique que suggère ce mot ; c’est plutôt un itinéraire que l’on dessine avec beaucoup de déviations et de retours, de hasards et d’improvisations, une ligne zigzagante. 

Ce sont les mots du photographe Luigi Ghirri, figure majeure du 20ème siècle, célèbre pour avoir introduit la couleur dans son époque. Chef de fil de la nouvelle photo italienne, il est l’un des premiers d’Europe à délaisser le noir et blanc dans une recherche purement artistique, perçue pourtant comme étant la seule manière de rendre une photo sérieuse et non commerciale. Il s’inscrit dans le même mouvement que Stephen Shore et William Eggleston aux Etats-Unis et s’attache lui aussi, à représenter la réalité de son monde et à nous amener dans son propre voyage.


À ses débuts, Luigi Ghirri pourrait être considéré comme un photographe du dimanche mais sans aucune connotation péjorative. Il a à peine une trentaine d’années et commence la photographie lors de son temps libre, parallèlement à sa profession de géomètre. La petite ville italienne de Modène est sa première source d’inspiration, il arpente les rues, son appareil Canon autour du cou, effectuant ce qu’il appelait des « voyages minimaux » et immortalisant des sujets ordinaires. C’est d’ailleurs son côté amateur qui donne à ses photos tant de charme et de sensualité ; qu’il développe en diapositives puis fait tirer dans un laboratoire grand public, d’abord par manque d’argent puis tout simplement par désir. Il ne réfléchit jamais à la technique et cherche toujours à reproduire cet esprit « photo club ».

 
 

Ses clichés sont très divers, il a une approche conceptuelle mais cherche à emprunter différentes voies. Il est le premier à faire le constat que « Nous vivons d’abord dans les images ». Fasciné par les reproductions, les affiches ou encore les maquettes, il se questionne sur la prolifération des images dans l’espace public et en relève l’invasion dans l’environnement moderne. Il adopte une vision très intéressante de la photographie qu’il considère de plus en plus intégrée dans la vie quotidienne puisque tout le monde connait l’expérience de photographier ou d’être photographié. Il fait alors une série dans laquelle il met en scène cette expérience. 

J’ai photographié de nombreuses personnes de dos, qui regardent des images, des plans de ville, des itinéraires ; car j’ai voulu, comme dans de nombreuses autres photographies, leur donner un nombre infini d’identité possibles : de la mienne, tandis que je photographie, à celles de l’observateur
Luigi-Ghirri_Salzburg1977-1100.jpg

Son travail est d’une extrême richesse puisqu’il photographie au cours de sa vie une très grande diversité de sujets, allant des nuances du ciel (photos prises chaque jour durant une année) à des maisons ordinaires, des plages, des fêtes foraines, en passant par les pages d’un atlas ; en référence à son ancien métier de géomètre. Il porte en effet la marque de cette profession qu’il exercera durant dix ans, structurant ses cadrages par des lignes horizontales et verticales. Il est très attaché à la simplicité des images et par son économie d’élément, il propose un regard tendre et affectueux.

 

Par Lisa Marguenot, publié le 13/02/2019

 
 
Artboard Copy 56.png
 

Exposition Luigi Ghuirri - Cartes et territoires - Du 12/02 au 02/06

Jeu de Paume, 1 place de la Concorde 75008 Paris

Horaires
Ouvert du mardi au dimanche
Le mardi de 11h-21h et du mercredi au dimanche de 11h-19h (fermé pendant les périodes d’inter-exposition)

Tarifs
Plein tarif : 10 euros
Tarif réduit : 7,50 euros

Métro
Concorde 1, 8, 12

Bus
24, 42, 72, 73, 84, 94

 

Partager sur