Rencontre avec Paola Valentin, jeune comédienne fougueuse

 
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Je retrouve Paola Valentin dans un café proche de la gare de l’Est, à quelques heures de son départ à Metz où elle jouera le soir même la fameuse pièce de Pierre Notte, Les couteaux dans le dos. Impossible de ne pas tomber sous son charme espiègle, qu’on ne parvient plus à différencier du rôle de Marie, une adolescente torturée qui décide de partir, de fuir ses parents, à la recherche de nouveaux rêves.

Déjà jouée il y a dix ans, cette pièce avait conquis le public et enchanté la critique. C’est l’une des anciennes comédiennes, Caroline Marchetti qui est venue trouver Pierre Notte pour lui demander de la remonter. Les autres n’étant plus disponibles, il décide alors de redistribuer les rôles et pour celui de Marie, il pense à Paola Valentin. Elle avait déjà joué dans une pièce de Jean-Luc Lagarce, Noce, qu’il mettait en scène au Théâtre du Rond-Point. Ce rôle de Marie était précédemment incarné par Jennifer Decker, aujourd’hui pensionnaire à la Comédie Française. Paola avait fait sa rencontre plus jeune alors qu’elle n’avait pas encore décidé de devenir comédienne. Dix ans plus tard, elle reprend son rôle, sûrement dans l’espoir caché d’être promise au même avenir.

Retour sur son jeune parcours, bien entamé mais non moins prometteur

À seulement 24 ans, Paola Valentin a déjà multiplié ses apparitions derrière la caméra, que ce soit dans des courts-métrages, des téléfilms ou encore dans un clip de Flavien Berger. Elle nous confie d’ailleurs que le cinéma est pour elle presque plus naturel que le théâtre. 

D’autres sont terrorisés devant la camera mais moi ça me parle beaucoup, j’ai beaucoup moins de stress avant un tournage qu’avant de monter sur scène. La caméra c’est beaucoup plus familier pour moi, je suis plus à l’aise.

Mais pour autant, à la question de choisir entre le théâtre ou le cinéma, elle est formelle, il lui est impossible de départager les deux. Elle reconnait tout de même que c’est d’abord en sortant d’une séance de cinéma qu’elle eut envie de procurer la même émotion. 

C’est par le théâtre de rue qu’elle commence mais ce qui l’intéresse, en premier lieu, c’est la peinture. En arrivant à Paris, à 17 ans, elle s’inscrit en prépa d’art et passe ses journées, seule, à peindre. Puis elle fait la rencontre de Bruno Wacrenier, professeur de théâtre au très convoité Conservatoire du V ème arrondissement, qui lui fait découvrir les textes auxquels elle prend vite goût. Paola réalise aussi que ce qui lui manque dans la peinture, c’est de pouvoir partager et créer avec d’autres et c’est cette raison qui lui fera définitivement prendre le chemin du théâtre. Elle entre d’abord au Conservatoire du XIX ème mais à défaut d’y trouver sa place, elle tente le concours pour la classe libre des Cours Florent, malgré ses préjugés. Elle y passera deux années, multipliant les stages et les rencontres. Dans l’optique de se retrouver inscrite sur la fameuse liste du JTN (jeune théâtre national) et ainsi d’avoir accès aux castings des théâtres subventionnés, elle passe les concours des Conservatoires nationaux pour finalement intégrer celui de Lille. 

 
 
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Comment as-tu rencontré Pierre Notte ?

Paola Valentin — Lorsque j’étudiais au conservatoire du XIX ème, j’ai passé un concours qui s’appelait les Conservatoires en scène, organisé par Pierre Notte et si on réussissait, on pouvait jouer au théâtre du Rond-Point, ce qui a été mon cas. C’était une très belle rencontre avec ce metteur en scène qui m’a pris sous son aile, m’a fait rencontrer plein de monde et jouer dans une pièce de Jean-Luc Lagarce, Noce, qu’il mettait en scène. Ça a été la première pièce avec laquelle j’ai commencé à gagner ma vie, on l’a joué à Paris, puis au Festival d’Avignon 2 ans. Ensuite, il a repensé à moi pour le rôle de Marie. Pierre n’est pas fixé sur les auditions, pour lui, c’est avant tout à travers un rapport humain qu’il décide travailler ou non avec des comédiens. Il n’y a pas longtemps, je lui ai demandé pourquoi il m’avait rappelé pour ce rôle. Il m’a raconté m’avoir vu un jour me disputer avec un metteur en scène, je ne savais pas qu’il était dans la salle. Et il m’a dit que c’est à ce moment qu’il a vu à quel point mon exigence de travail me tenait à coeur et que c’est pour cette raison qu’il voulait travailler avec moi.

Qu’est-ce qui t’a plu dans le rôle de Marie ? 

Ce qui me plait dans ce rôle, c’est cette fille qui malgré tout ce qui lui arrive, malgré le fait qu’elle se sacrifie qu’elle veuille mourrir, partir et malgré tout ce monde qu’elle ne comprend pas, elle garde une malice. En fait elle est très en vie, elle brule de vie malgré tout et du coup, elle est quand même très joyeuse. La première chose que Pierre Notte m’a dite lorsqu’il me dirigeait, c’est qu’il fallait que je sois justement très joyeuse et très en vie. Marie est une enfant, très innocente et naïve et en même temps pas tant que ça et c’est ça qui me plait énormément.

L’histoire me touche aussi beaucoup, ces enfants, qui à cet âge de l’adolescence ne savent pas encore qui ils sont et du coup dans un élan de vie font n’importe quoi et meurent. Quand t’es ado, tu fais des choses et t’as l’impression que ça va mettre fin au mal-être que tu as en ce moment mais en fait tu mets fin à tout. Et si ça me touche c'est parce que j’ai été confrontée à ça assez jeune, beaucoup de gens que j’aimais très fort ont fait ces bêtises et du coup, avec le théâtre et l’art en général, j’ai ce rapport avec l’enfance, le passé, les fantômes et je pense que c’est pour ça que je fais ce métier.

Malgré ça la pièce est pleine d’humour, trouves-tu que c’est difficile de faire rire ?

C’est dur car si tu as envie de faire rire, tu te plantes. Surtout que moi, je ne suis pas du tout d’une nature qui fait rire. Déjà mon physique ne fait pas rire. Il y a plein d’acteurs où quand ils entrent sur scène, avec leur démarche etc, t’as envie de te marrer. Moi je ne suis pas dans ce registre et de prime abord on me distribue des rôles dramatiques, tragiques. Mais parfois, j’arrive à faire rire, quand les gens ont tellement envie de pleurer qu’ils finissent par rire. Dans une tragédie, tu vas être au bout de ta vie parce que tu as perdu tes enfants mais dans un Feydeau, tu vas être dans la même tragédie parce que t’as perdu ta chaussure. Tout est une question de contexte. Mais oui, je trouve que faire rire, c’est ce qu’il y a de plus dur. 

Comment Pierre Notte dirige-t-il ses comédiennes ? 

Il te dit tout et son contraire d’un jour à l’autre. Il ne veut pas que tu reproduises la même chose parce qu’il t’a demandé ça. Il parle beaucoup de ce que représente chaque scène. Il nous a beaucoup parlé, scène après scène, de ce qui lui importait dans cette nécessité de dire les choses et il m’a souvent dit d’être moins dramatique. Il n’arrêtait pas de me répéter : “Marie est tout le temps en vie et c’est pour ça qu’elle est joyeuse, elle a une envie de vie et donc même si elle va se jeter par la fenêtre, elle va y aller avec les larmes qui vont rester là et ne pas couler.”. Ce qui était dur, c’est qu’il me disait que je devais être malicieuse mais en même temps il ne fallait jamais que ce soit quotidien et petit. C’est l’entre deux qui était difficile. 

Pierre Notte a choisi cinq femmes pour interpréter dans sa pièce une multitudes de rôles, dont certains masculins, pourquoi a-t-il pris ce parti selon toi ? 

Il y a dix ans c’était déjà le cas. Pierre fait beaucoup de spectacles uniquement avec des femmes. Il a quelque chose envers la femme de très fort et de très prononcé donc c’est un véritable choix de sa part. Bien sûr, ça aurait pu être que des hommes. Certains pensent que les rôles d’homme doivent être joués que par des hommes et les rôles de femme que par des femmes. Je pense que c’est très bien que ce soit cinq femmes. On en est très contents. Hier on avait cette discussion sur la place de la femme dans l’art, dans la création. Alors oui, cette place s’ouvre de plus en plus, mais il y a quand même un problème. Tous les plus beaux rôles sont des rôles d’hommes, les auteurs sont la plupart du temps des hommes, c’est chiant !

J’ai cherché ta page artiste sur Instagram mais je n’ai rien trouvé, que penses-tu des réseaux sociaux ?

(Soupire) C’est une question compliquée. J’ai longtemps eu du mal avec mon image, l’image en général. Avant je n’acceptais pas du tout le fait d’être bien habillée, d’être jolie. Je rejette complètement les réseaux sociaux. J’ai d’ailleurs toujours juré à tout le monde que je n’aurais jamais d’iPhone. Puis mon agent est venue me voir un jour et m’a dit: “Écoute Paola, si tu reviens encore une fois habillée comme ça dans mon bureau, il faut que t’arrêtes ce métier”. J’étais trop Santiag et tout… Et surtout, elle m’a dit : “il faut que tu aies tes mails sur ton portable”. Et en fait, au fur et à mesure je me disais : Paola tu fais n’importe quoi. Et je suis consciente que c’est nécessaire pour se faire connaitre, mais ça me fait chier de me dire que ça l’est, qu’un réalisateur va regarder ton nombre de followers sur Instagram pour savoir s’il va me prendre plutôt qu’une autre. J’ai pas envie à ce moment là de travailler avec des gens comme ça. De voir comment tu utilises l’image, comment tu te crées une vie qui n’est pas la tienne. Je ne veux pas rentrer là dedans, jalouser, regarder les autres, me comparer. Si tu commences à faire ça tu deviens aigrie et malheureuse. Mais c’est bizarre car mon plus grand désir c’est d’être comédienne et le truc que je rejette le plus c’est l’image. 

Quel est alors ton rapport à la célébrité ?

Pour moi les gens qui sont célèbres ont le choix de faire leurs projets et moi c’est ce que je veux. Bien sûr que j’ai de l’ambition et que je veux jouer dans les plus grands théâtres, jouer avec les plus grands réalisateurs, ça oui ! Du coup la notoriété, plus que la célébrité, c’est sûr, ça fait rêver car tu as envie d’être reconnue pour ton travail. Mais en même temps je me dis que les gens célèbres sont très malheureux. J’ai envie de porter de grandes choses donc oui, je suis obligée de passer par là.

Si tu devais choisir un comédien ou un comédienne qui t’inspire le plus ?

Je choisirai Denis Lavant. Il a toujours su garder cette liberté de choisir ses projets. On est tellement en demande et c’est tellement le désir des autres qui fait qu’on devient quelqu’un ou pas. Et lui, il garde une  grande liberté comme Vincent Lindon. C’est un acteur créateur qui est engagé. Il y a quelque chose de nécessaire dans ce qu’ils font. Sinon j’adore Judith Chemla, Annie Girardot ou encore Marlène Dietrich. 

 
 
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Par Lisa Marguenot, publié le 20/02/2019