Écharpons-nous autour de la cravate

 
 
La cravate - Frenzy - Cultur'club
 
 

Dans Frenzy, notre film incontournable de la semaine, Hitchcock utilise une arme étonnante pour commettre ses crimes. Une succession de meurtres sordides où des femmes sont retrouvées étranglées… à l’aide d’une cravate ! L’occasion pour nous de débattre à la table des intellectuels et des artistes, autour d’un bout de tissu qui divise. Bref tour d’idées.

Introduite en France grâce à un régiment de cavaliers croates qui la portaient pour se protéger du froid sous le règne de Louis XIII, la cravate est pour Oscar Wilde “le premier pas sérieux dans la vie”. Alors, pourquoi semble t-elle être “le modèle adulte du bavoir”, lui répondrait volontiers l’auteure française Christiane Rochefort ?.

Les politiques, “ces stratèges en costume noir et cravate beige” (on remerciera Francis Cabrel pour ces rimes dont lui seul détient le secret), sont obligés de la porter au Sénat. Pas à l’Assemblée où les députés de la France Insoumise ont fait leur entrée l’année dernière, le cou nu, provoquant alors un débat hautement nécessaire à notre démocratie pendant plusieurs semaines. Quelques années plus tôt, le ministre de la culture Jack Lang était arrivé dans l’hémicycle avec un col Mao pour cacher sa cravate sans cacher ses idées.

Il est légitime de questionner l’utilité de la cravate. Purement décorative, elle ne tient pas si chaud… la preuve, l’année dernière, le français Menouar Benfodda courait le marathon en 2h46, battant ainsi le record du monde en costume-cravate de la discipline !

Laissée au placard au sein de nombreuses entreprises, nous n’hésitons plus avant de la faire tomber. C’est vrai quoi ! Si Obama n’en porte pas lorsqu’il reçoit la famille royale anglaise, pourquoi en porter une ce matin pour la réunion avec la compta ? Pour la petite histoire, lors de cette rencontre au sommet, les descendants de la famille Windsor, qui donnent pourtant leur nom au plus célèbre des noeuds de cravate, n’en portaient pas non plus !

Mais ce “passeport pour les cons” (nous sommes maintenant avec Dutronc et sa légendaire impertinence) fut aussi un véritable objet d’émancipation pour les femmes. Au XIXème siècle, une dénommée George Sand crânait alors, une cravate nouée autour du cou en symbole d’indépendance et de sophistication extrême. À la même époque, Honoré de Balzac ouvrait sa Physiologie de la toilette sur les rapports de la cravate avec la société et les individus. Selon lui, la cravate était alors le meilleur moyen de se distinguer dans une société où les hommes étaient depuis peu “libres et égaux en droits”.

Alors demain matin, devant votre penderie, faites ce que vous voulez. Votre choix sera le bon. Mais on évite quand même les cravates à rayures, le ton sur ton et surtout, on évite d’étrangler les gens avec !

Lucas Aubry

 
Lisa Marguenot