Astana, entre rêves et réalités, la magie d’une expo

Eva Ayache-Vanderhorst

Eva Ayache-Vanderhorst

 

En septembre 2018, la jeune journaliste Alice Babin et son amie Eva Ayache-Vanderhorst, étudiante aux Beaux-Arts, s’envolent en direction du Kazakstan. Leur objectif ? Relater au journal Libération l’histoire du changement d’alphabet en cours, passant d’une écriture en cyrillique au latin et marquant ainsi un terme avec toute l’influence de la période soviétique. Mais c’est en passant par la ville d’Astana, nouvelle capitale placée au beau milieu des steppes, que tout se cristallisa. Sans pouvoir immédiatement mettre de mots sur leur malaise commun, Alice et Eva ont ressenti avec puissance le vide que cette ville exprimait. 

Au fil de leurs discussions, un projet d’exposition s’est peu à peu imposé, comme une évidence. Elles ont souhaité ensemble porter une réflexion poétique et politique sur cette ville nouvelle, âgée de seulement 20 ans, à travers les photos d’Eva et accompagnées des textes d’Alice. Cette réflexion s’est concentrée sur deux lieux principaux. D’une part, le musée miniature « Atakamen : The map of Kazakhstan », qu’Eva s’est mise à photographier, en plongée, puis en zoomant, sans qu’on ne parvienne vraiment à distinguer le vrai du faux, le réel de l’artificiel. C’est justement l’échelle du musée miniature qui lui a permis de représenter la grandeur de la ville, tout en s’en approchant au plus près.

Puis, pour représenter cette mélancolie permanente d’une ville neuve, prête mais qui reste vide, elle s’est arrêtée sur un second lieu, le parc d’attraction « Astana Park ».  

Pour moi l’appareil photo était un moyen de me protéger, de l’espace, de l’étrangeté de l’endroit et de le transformer. Dès que je trouvais un moment angoissant, j’avais toujours mon appareil pour donner le prisme du fantasme, de l’étrange et ça m’aidait beaucoup 
— Eva Ayache-Vanderhorst
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En parcourant cette ville, Eva nous confie avoir beaucoup pensé à David Lynch, elle qui est souvent animée dans son travail par le fantasme et le rêve. Alice quant à elle est une passionnée du réel, alors pour le faire parler, elle a choisi de faire parler les gens. Elle a recueilli des témoignages écrits et sonores pour faire échos aux photos. De son russe timide, elle arrête les passants et tente de comprendre quelle vie on mène à Astana. Ses questions sont parfois plus engagées et certains témoignages donnent le sentiment que les langues ne peuvent se délier que lorsqu’on sort de cette ville hantée. C’est notamment ce qu’exprime Andrei G, militant au bureau international des droits de l’Homme d’Almaty, ancienne capitale située au sud du pays. Il compare Astana à la Corée du Nord et la simple lecture de son témoignage confère à cette exposition tout le poids politique souhaité.

Astana, entre rêves et réalités, est le nom parfaitement trouvé pour cette exposition, qui représente à la fois toute l’ambiguïté reposant sur la ville mais également le contraste de perceptions portées d’un côté par l’artiste et de l’autre par la journaliste.  

Ironie du sort, il y a quelques semaines, la situation du Kazakhstan a changé et la capitale ne s’appelle plus Astana. Elle porte désormais le nom de son ancien président démissionnaire : « Noursoultan » qui, comme le souligne Alice, « par un heureux hasard signifie en arable Lumière du sultan ». 

On ressort de cette visite un peu chamboulé, tourmenté par l’étrangeté de cette ville, angoissé par le vide, mais envouté par toute la magie qu’exprime l’exposition, par la subtilité des photos et la poésie des mots.

 
 

Par Lisa Marguenot, publié le 3 avril 2019

 
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Astana, entre rêves et réalités au Floréal Belleville

Du 28 mars au 18 avril 2019

Espace culturel ouvert tous les jours de 11h à 19h

43, rue de Couronnes, 75020, PARIS

 
 
 
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