« As movable as butterflies », la magie des luminaires japonais au madd-bordeaux

 
Crédit : Mathieu Peyroulet

Crédit : Mathieu Peyroulet

 

Jusqu’au 19 mai, le musée des Arts décoratifs et du Design regroupe une collection de chôchin et de andon, des estampes et des photographies empruntées à des institutions françaises et étrangères. L’exposition présente la fabrication de ces objets, l'évolution de leur usage, leur place dans la mythologie et les rituels japonais, et leur adoption par les designers depuis les années 1950.

Les chôchin sont des lanternes utilisées au Japon pour l’extérieur, constituées d'une structure en bambou recouverte de papier alors que les andon sont des lampes pour l’intérieur, faites de papier étendu sur une structure en bois laqué. Des exemples anciens de ces luminaires, présentés dans la premières salle de l’exposition, sont, pour la première fois, sortis de leur pays d’origine, et ont fait l’objet d’un prêt exceptionnel par le musée de la Lumière situé dans la préfecture de Nagano. Etienne Tornier, le commissaire de l’exposition et responsable des collections XIXème - XXIème siècles au musée des Arts décoratifs et du Design, nous explique :

« L’idée à travers cette exposition était vraiment de faire le lien entre l’objet culturel, l’objet de civilisation, l’objet qu’on utilise au Japon depuis la fin du 16e siècle et l’objet que tout le monde connait qu’est la boule japonaise en papier que l’on peut trouver dans toutes les grandes chaînes d’ameublement. »

 
Crédit : madd-Bordeaux

Crédit : madd-Bordeaux

 

Une citation d’Isamu Noguchi, sculpteur nippo-américain, a inspiré le titre de l’exposition : « lights should be as movable as butterflies ». L’artiste renvoie à la légèreté, le caractère éphémère et la fragilité de ces boules japonaises en papier. C’est Noguchi qui anoblit en quelque sorte ces luminaires en les inscrivant dans l’histoire du design contemporain. Sur la voie ouverte par Noguchi, plusieurs designers se sont appropriés la technique de fabrication des chôchin ou ont simplement utilisé le papier washi comme élément structurel des luminaires qu'ils ont imaginés. 

Ces objets investissent le premier étage de l'hôtel de Lalande dans une scénographie du designer Mathieu Peyroulet Ghilini. Les riches boiseries offrent un écrin de choix pour présenter ces objets, apprécier leur lumière et leur matérialité, et mettre en valeur leur caractère d'objets domestiques. En arrivant dans le grand vestibule du musée, habituellement orné d’une grande lanterne en bronze doré, le visiteur redécouvre ce lieu, impressionné par la grande taille des Akari d’Isamu Noguchi mesurant jusqu’à 2,50 mètres de long, donnant une perception toute autre du volume de la pièce. Au total, l’exposition rassemble plus d'une cinquantaine de luminaires conçus par Noguchi à partir de 1951 avec le célèbre fabricant de chōchin Ozeki Co à Gifu.

Le parcours de l’exposition suit un ordre chronologique, des premiers modèles de chôchin et andon, puis la fabrication des chôchin et sa permanence dans le temps, l’évolution de leur usage, leur arrivée en Occident mais aussi la fragilité de leur industrie. Dans la dernière salle, le visiteur traverse un long couloir de chôchin, placés dans deux importantes structures quadrillées typiques des sanctuaires japonais, ces sanctuaires qui, avec les nombreux festivals, participent à faire perdurer l’industrie des chôchin. 

 
Crédit : Mathieu Peyroulet

Crédit : Mathieu Peyroulet

 

C’est la première fois que ce sujet est exploré par un musée en France. Plus surprenant, au Japon, ces luminaires n’ont fait l’objet que d’une seule exposition, il y a plus 20 ans. Etienne Tornier nous confie que les japonais étaient surpris du choix d’un thème si populaire et pourtant si peu montré. Comment l’expliquer ? Éphémères, faites pour disparaitre, leur histoire n’est pas facile à écrire, moins encore à retranscrire dans une exposition. Ce choix exotique et surréaliste entre dans la volonté de participer à la saison culturelle « Japonismes. Les âmes en résonance » qui a célébré 160 ans de relations diplomatiques entre la France et le Japon. Avoir un sujet transversal, transchronologique et extra européen est également une manière de rompre avec ce que le public du musée a l’habitude de voir exposé. Etienne Tornier nous explique : « le but était donc peut-être de déstabiliser les visiteurs en leur faisant découvrir l’origine culturelle d’un objet qu’ils pensent connaître. » 

Le madd tient à coeur de faire découvrir les chôchin dans toute leur matérialité, donnant même la possibilité de les toucher -  moyen de désacraliser l’art et de toucher tout public.  Etienne Tornier nous raconte : « Pour le vernissage, les frères Kojima, fabricants de chôchin de Kyoto, invités, construisaient un grand chôchin. C’était touchant de voir le public essayer de communiquer avec eux affrontant la barrière de la langue par des gestes ou en touchant les matériaux » . Pour voir cette exposition, rendez-vous jusqu’au 19 mai au Musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux, au 39 Rue Bouffard.

Quant aux prochaines expositions, en lien avec la saison culturelle « Liberté! »,  coordonnée par  la Ville de Bordeaux, il y aura, à partir du 21 juin, l’exposition Memphis, qui promet d’être haute en couleurs. Memphis raconte l’histoire de ce groupe éponyme de designers italiens, français, américains, japonais (etc.) qui ont renouvelé le design et donné l’identité visuelle aux années 80. Dans le cadre de cette saison, le musée collabore également avec le musée des Beaux-Arts pour l’exposition « La passion de la Liberté » à la Galerie des beaux-arts, et accueillera le romancier Jean-Philippe Toussaint en collaboration avec l’artiste Ange Leccia.

 

Par Erik-Allan Cardoso De Oliveira, publié le 09/05/2019.

 
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“As movable as butterflies” au Musée des Arts Décoratifs et du Design

39 rue Bouffard, Bordeaux

Du 31 janvier au 19 mai 2019

Horaires
11h - 18h
Fermé les mardis et les jours fériés

Tarifs
Plein tarif 5€
Tarif réduit 3€

 
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