Antisèche spéciale Festival de Cannes

 
9c2b7af_FTybjtnyg8oIFnFs3Bm0N1K2.jpg

Pour tous ceux qui n’ont pas le privilège de faire un tour sur la Croisette, voici l’Antisèche spéciale Cannes, destinée autant aux personnes qui se demandent encore quelle est la meilleure récompense du festival entre la Palme et le Grand Prix et ceux qui répondent « La leçon de Piano de Jeanne Campion » quand on leur dit 1993.  

Voici un petit tour d’horizon de la réception des différents films en Compétition pour la Sélection officielle.

Les films acclamés par la critique

 
 
1896822.jpg

Douleur et Gloire de Pedro Almodóvar

LE PITCH : Salvador Mallo, un réalisateur en souffrance, fait une série de retrouvailles. Certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir. Son enfance dans les années 60 quand, en quête de prospérité, il émigre avec ses parents à un village de la région de Valence; le premier désir; son premier amour d’adulte dans le Madrid des années 80 et la douleur de la rupture de cet amour encore vif et palpitant; l’écriture comme unique thérapie pour oublier l’inoubliable; la découverte précoce du cinéma; et l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner. En retrouvant son passé, Salvador ressent le besoin pressant de le raconter et c’est grâce à ce besoin qu’il trouve son salut.

À RETENIR : c’est sans aucun doute le film qui a reçu le plus de compliments de la part des critiques mais aussi des spectateurs qui ont pu le découvrir en même temps en salles vendredi dernier. Avec Douleur et Gloire, Pedro Almodóvar signe son film le plus personnel et parvient à ravir ses fans avec un récit poétique et émouvant. On retrouve son style coloré mais sans l’exubérance qu’on a pu parfois voir dans ses précédents films.

LE RÉALISATEUR : inutile de le présenter, Pedro Almodóvar est le réalisateur espagnol le plus connu de notre temps. Habitué du Festival de Cannes, il a été nommé six fois en Sélection officielle mais n’a jamais été récompensé d’un prix, à l’exception de celui de la mise en scène pour Tout sur ma mère.

Date de sortie : déjà en salles.

 
 
 
Parasite.jpg

Parasite de Bong Joon Ho

LE PITCH : toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

À RETENIR : très attendu sur la Croisette, mais aussi au sein du Club depuis la diffusion de sa bande-annonce qui nous a fait l’effet d’une bombe à retardement, Parasite a explosé hier soir lors de sa projection. Le suspense est immense et Bong Joon Ho a d’ailleurs demandé aux spectateurs de ne pas révéler tout un pan de l’intrigue. Il met en scène la violence des rapports sociaux lorsque les inégalités sont fortes. Considéré comme une pièce maitresse de son œuvre, Parasite a été acclamé par les critiques qui décèlent dans son succès une potentielle Palme d’Or.

LE RÉALISATEUR : le sud-coréen était au cœur d’une polémique au Festival de Cannes en 2017 avec son film Okja qui était uniquement destiné à être visionné sur la plateforme Netflix. Mais s’il faut retenir son nom ce n’est bien sûr pas pour cette raison mais surtout pour la grande qualité de ses thrillers comme son chef d’œuvre Memories of Murder ou encore Mother.

Date de sortie : 5 juin 2019.

 
 

Les Misérables de Ladj Ly

2461218.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

LE PITCH : Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux "Bacqueux" d'expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu'ils se trouvent débordés lors d'une interpellation, un drône filme leurs moindres faits et gestes.

À RETENIR : véritable standing-ovation suite à la projection du film mercredi dernier à Cannes. À cheval entre fiction et documentaire, Les Misérables a été vécu par la critique comme une “grosse claque” (Thierry Gandillot des Échos), un “électrochoc” (Le Monde), en mode “cinéma-guerilla” comme le décrit si bien Christophe Narbonne dans Première. Il est également nommé pour la caméra d’or.   

Pour ceux qui voudraient avoir un avant-goût du long-métrage, un court-métrage du film est disponible en VOD sur la plateforme Universciné.

LE RÉALISATEUR : Ladj Ly est connu pour avoir co-réalisé le splendide documentaire À voix haute. Il fait également partie du collectif Kourtrajmé parrainé par Vincent Cassel et qui a notamment révélé Kim Shapiron et Romain Gavras.

Date de sortie inconnue.

 
 
 
2201999.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Portrait de la fille en feu de Céline Sciamma

LE PITCH : 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

À RETENIR : on peut dire que ce film a plutôt enflammé la critique. On y retrouve la talentueuse Adèle Haenel (dont c’est le troisième film cette année à Cannes avec Le Daim et Les héros ne meurent jamais) dans une histoire qui traite de la passion amoureuse mais également de la représentation de la féminité dans toutes ses injonctions. Malgré une mise en scène “un peu trop didactique” selon Jean-Baptiste Morain des Inrocks, certaines scènes sont sublimes, notamment celle sur l’avortement, apparemment l’une des plus remarquables de l’histoire du cinéma. Selon Première, c’est un “autoportrait saisissant” et L’Obs nous informe que, suite à la projection, la salle était “conquise par la beauté sensuelle et délicate de ce portrait universel et intemporel de la condition de la femme.”.

LA RÉALISATRICE : Céline Sciamma est connue notamment pour avoir réalisé le très beau film Tomboy et La naissance des pieuvres, nommé au prix Un certain Regard. Elle est également la scénariste du film d’André Techiné Quand on a 17 ans et du film d’animation multi-récompensé de Claude Barras Ma vie de courgette. C’est la première fois qu’elle concourt pour la Palme d’Or.

Date de sortie : 18 septembre 2019.

 
 
5358327.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Sorry we missed you de Ken Loach

LE PITCH : Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés. Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

À RETENIR : Ken Loach poursuit dans son registre de prédilection : faire des films qui montrent la dure réalité sociale et reste ainsi fidèle à ses convictions. Jugé comme un film honnête, Sorry you missed you se concentre sur cette famille bouleversante ébranlée par la vie et dénonce l’uberisation de la société. Petit bémol noté par la critique : le jeu du jeune acteur Rhys Stone, un peu en dessous au début du film.

LE RÉALISATEUR : grand habitué du Festival de Cannes, avec Sorry we missed you, il est nommé pour la quatorzième fois en Compétition. Il a déjà remporté la Palme d’or en 2016 avec Moi, Daniel Blake et a reçu trois fois le Prix du Jury pour La part des anges en 2012, Raining Stones en 1993 et Secret défense en 1990.

Date de sortie inconnue.

 
 

LES FILMS QUI controversent la critique

 
 
2227052.jpg

Une Vie Cachée de Terrence Malick

LE PITCH : Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l'histoire de ces héros méconnus.

À RETENIR : voilà l’un des films les plus attendus sur la croisette. Alors que certains reconnaissent dans ce film tout l’art de Terrence Malick derrière une caméra et le verrait même remporter la Palme d’or, d’autres ont asséné d’un violent coup son scénario, le considérant “creux” pour les Inrocks, et détaché “d’une grande partie du contexte historique” côté outre-Manche pour The Guardian. Lors de la projection, Terrence Malick a été aperçu dans la salle, une grande première, lui qui a pour habitude de rester très discret.

LE RÉALISATEUR : Même si les derniers films de Terrence Malick ont plutôt déçu la majorité de la critique, n’oublions pas qu’il est le réalisateur des trois grands films : La balade sauvage, Les moissons du ciel, La ligne rouge et du plus controversé Tree of Life qui a tout de même remporté la Palme d’Or en 2011.

Date de sortie inconnue.

 
 
4102009.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Once Upon a Time… In Hollywood de Quentin Tarantino

LE PITCH : en 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

À RETENIR : Avec Once Upon a Time… In Hollywood, on retrouve du Tarantino pur jus dans une ambiance western spaghetti et avec un casting exceptionnel : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, mais aussi Margot Robbie et Al Pacino. Juste avant la projection Tarantino a demandé aux spectateurs de ne rien révéler sur le film. Or il est difficile apparemment de vendre le film puisque c’est justement sa meilleure partie que Tarantino a demandé de ne pas divulgâcher. Globalement, c’est plutôt de la déception que les critiques auraient ressenti. Mise à part une mise en scène irréprochable, le film serait plutôt inintéressant. Jacky Bornet de France Info dit même “L’absence de dramaturgie, des dialogues sans relief (étonnant pour le grand dialoguiste qu’est Tarantino), des scènes interminables et répétitives, aboutissent à un désintérêt dominant, ponctué de quelques pépites”. Il n’empêche qu’on ira quand même le voir pour se faire notre propre avis !

LE RÉALISATEUR : encore un qu’on ne présente plus sur la croisette, Quentin Tarantino a déjà fait sensation plus d’une fois. Déjà dix ans se sont écoulés depuis la présentation d’Inglourious Basterds (et oui !) et 25 ans depuis Pulp fiction, pour lequel il avait remporté la Palme contre toutes attentes, au coude à coude avec Soleil trompeur de Nikita Mikhalkov. Ce résultat avait suscité de la colère chez certains, au point qu’une jeune femme s’était mise à crier “Mais quelle daube !”. Quentin Tarantino avait à l’époque 31 ans, il était déjà sûr de lui et ne s’était pas gêné de répondre à cette critique par un joli doigt d’honneur.  

Date de sortie : 14 août 2019.

 
 
5611354.jpg

Matthias & Maxime de Xavier Dolan

LE PITCH : deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. 
Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l'équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences. 

À RETENIR : Là encore le dernier long-métrage de Xavier Dolan ne fait pas l’unanimité. Si certains médias le jugent sévèrement comme Marianne qui titre son article : “Avec Matthias et Maxime, Xavier Dolan se prend les pieds dans le tapis (rouge)” d’autres restent plus tempérés comme Paris Match, déclarant qu’avec Matthias & Maxime, “Xavier Dolan signe son meilleur film depuis Mommy”, sans pour autant en vendre les mérites. Heureusement, il reste toujours les fans de Dolan pour le défendre. Ces derniers ont éprouvé beaucoup d’émotion suite à sa projection et qualifient ce film d’intimiste, de sincère et de bouleversant.

LE RÉALISATEUR : on peut dire que Xavier Dolan est un enfant né à Cannes. Le réalisateur montréalais réalise son premier long-métrage à l’âge de 20 ans, J’ai tué ma mère, dans lequel il incarne également le rôle principal. Ses premiers pas à Cannes se feront l’année suivante avec Les Amours imaginaires, nommé dans la catégorie Un certain regard, puis deux ans plus tard, en 2012 avec Laurence Anyways (chef d’œuvre selon nous). Mais sa première statuette (Prix du Jury) lui a été décernée pour son film Mommy, véritable claque universelle, puis une deuxième s’en est suivie avec Juste la fin du monde (Grand Prix).

Date de sortie inconnue.

 
0790092.jpg

Atlantique de Mati Diop

LE PITCH : dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers du chantier d’une tour futuriste, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, l’amant d’Ada, promise à un autre. Quelques jours après le départ des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage de la jeune femme et de mystérieuses fièvres s'emparent des filles du quartier. Ada est loin de se douter que Souleiman est revenu…

À RETENIR : le premier long-métrage de la réalisatrice franco-sénégalaise est un mélange entre œuvre politique, ode sentimentale, film policier, le tout parsemé d’un peu de magie. C’est un récit initiatique duquel surgit le fantastique. La critique s’est plutôt accordée pour souligner la réussite de ce film, sans non plus espérer qu’il soit récompensé de la Palme d’Or.

LA RÉALISATRICE : Mati Diop s’était déjà faite remarquer pour son documentaire Mille Soleils. Elle est la première réalisatrice noire à être en Compétition au Festival de Cannes.

Date de sortie inconnue

 
1635371.jpg

Le Jeune Ahmed de Jean-Pierre et Luc Dardenne

LE PITCH : en Belgique, aujourd’hui, le destin du Jeune Ahmed, 13 ans, pris entre les idéaux de pureté de son imam et les appels de la vie.

À RETENIR : ce film ravira sans doute les fans des frères Dardenne, puisque comme à leur habitude, ils filment brillamment l’enfance. Toutefois le sujet choisi est cette fois bien plus politique. Ils s’approchent au plus près du réel donnant un caractère documentaire au film. Dans l’ensemble la critique a apprécié ce film, reconnaissant une fois de plus le talent des réalisateurs. La palme d’Or paraît toutefois peu envisageable.

LES RÉALISATEURS : le duo fraternel belge est habitué de la montée des marches mais aussi des statuettes. Ils ont été deux fois lauréats de la Palme d’Or (Rosetta, L’Enfant) et ont remporté le Grand Prix pour Le Gamin au vélo.

Date de sortie : déjà en salle.

 
0155245.jpg

Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

LE PITCH : dans un futur proche…  Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.

À RETENIR : Bacurau est un film militant qui dénonce la montée du fascisme au Brésil et dégage une grande colère. C’est une des bonnes surprises du Festival de Cannes. Certaines réserves ont toutefois été éprouvées par la critique qui reproche notamment au film une mise en scène un peu brouillon par moment et un manque de distance parfois des réalisateurs sur leur histoire.

LES RÉALISATEURS : Kleber Mendonça Filho a co-réalisé Bacurau avec Juliano Dornelles son directeur artistique. Kleber Mendonça Filho avait déjà fait beaucoup parler de lui à l’occasion d’Aquarius et Les bruits de Recife.

Date de sortie : 25 septembre 2019

 
5388873.jpg

Le lac aux oies sauvages Diao Yinan

LE PITCH : un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Ensemble, ils décident de jouer une dernière fois avec leur destin.

À RETENIR : Le lac aux oies sauvage suscite des divergences au sein de la critique. Alors que certains journalistes, comme par exemple chez L’Obs ou Télérama aimeraient qu’il remporte la Palme d’Or, d’autres sont plus virulents. Pour tenter de tempérer un peu, on peut dire que c’est un film sublime dans sa forme, sophistiqué et hypnotique, filmé presque intégralement la nuit avec un jeu de lumière époustouflant. Mis à part cet exercice de style, il a été jugé par beaucoup comme un peu chiant.

LE RÉALISATEUR : Diao Yinan s’était déjà fait remarquer avec son thriller noir Black Call qui avait remporté l’Ours d’Or à la Berlinale en 2013.

Date de sortie inconnue.


 
 

Les films qui ont fait un flop

 
 
2574607.jpg

The dead don’t die de Jim Jarmush

5450344.jpg

Little Joe de Jessica Hausner

4403515.jpg

Frankie d’Ira Sachs

 

Les films qui n’ont pas encore été projetés

 
thumb_66071_film_film_big.jpg

Il Traditore de Marco Bellocchio -

Projection vendredi 24 mai

174_cinemovies_fb9_c87_cf3edb0c7f4259172f53120dab_mektoub-my-love-intermezzo_movies-255275-21620271.jpg

Mektoub, my love : Intermezzo d’Abdellatif Kechiche -

Projection le vendredi 24 mai

B9719590543Z.1_20190514191055_000%2BG1ADJTI0K.1-0.jpg

Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin -

Projection mercredi 22 mai

 
 
 
5922082.jpg

Sibyl de Justine Triet -

Projection vendredi 24 mai

3108725.jpg

It must be heaven d’Elia Souleiman -

Projection vendredi 24 mai

 
 

Par Lisa MARGUENOT, publié le 22 mai 2019.