Organ’ Phantom’ dévoile la programmation d’Echo à Venir

 
 
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Présidente de l'association Organ' Phantom, Marie Laverda, dévoile la programmation underground de l'édition d’Echo A Venir cet été, festival de musiques actuelles et arts numériques, du 24 au 26 juin à Bordeaux.

Ton parcours est assez atypique, quelles sont les coulisses de la création de ce festival  ?

Marie Laverda — J’ai commencé comme manager d’un groupe d’électro trip-hop, je suis partie en formation au Krakatoa et j’ai amené ce groupe jusqu'aux Vieilles Charrues. Puis, j’ai ouvert deux établissements : l’Asile, un bar concert sur la Côte Atlantique et le Son' Art, une salle de concerts à Bordeaux. C’était une salle assez éclectique, avec une programmation qui allait de la chanson, techno, hip-hop au rock, avec aussi des expositions… on laissait surtout une grande place à la scène locale : artistes et associations. J’ai fermé mes deux établissements, suis partie à Paris, j'ai travaillé au centre des ressources et documentations de l’IRMA. J'ai aussi travaillé en Suisse auprès du service finance d’un festival de musique classique. En revenant dans le Sud-Ouest, j'ai continué la programmation avec mes anciennes équipes de la salle de concerts, on a monté l’association Organ’ Phantom. De 2010 à 2012, on a réfléchi à d’autres formats de programmation et c’est de là qu’est née l’idée du festival Echo A Venir.

 

Comment décrirais-tu le concept du festival ? Depuis combien de temps existe-t-il ?

Le festival existe depuis 7 ans (2012) et se repose sur des programmations à tendance électronique incluant les arts visuels surtout numériques. Pourtant, le format n’exclut pas d’autres formes d’art. Par exemple, le projet « Alter Intem » de l’année dernière comprenait une projection 360° sous un dôme : l’artiste vidéaste Paul Gracias trempait des Polaroïds, rajoutait de l’encre, de l’eau et les numérisait pour la projection. C’était un processus complexe qui partait d’un support organique : la photo.

 
Crédit : Tania Dos Santos

Crédit : Tania Dos Santos

 

 Au fil des années, le format change, avec parfois des programmations sans arts numériques. Comme en 2013 avec le collectif CCM et GuiLuxe, où nous avons monté un ciné drive-in sur le thème de Los Angeles. En collaboration avec l’Université Bordeaux 3, il y avait des danseurs, performeurs qui jouaient des rôles pendant la projection du film. Nous avons eu droit à un maître nageur arrivant tout droit de « Alerte à Malibu », un joli jeune homme qui traversait la foule avec la bouée et son maillot de bain rouge, des fausses scènes d’horreur avec des comédiens qui se poignardaient, d’autres déguisés en flics, des motards, des bikers, un car wash etc.. Le plus marrant c’est que la bande son du film était retransmise sur les ondes de Radio Campus : toutes les voitures qui étaient venues, étaient branchées sur Radio Campus, mettaient l’auto radio à fond, vitres baissées et portières ouvertes. Tous les clichés de Los Angeles étaient mis en avant et même mis à l’épreuve.

Pour conclure, généralement, soit nous avons des thèmes sur lesquels nous travaillons dessus soit on a en tête une programmation musicale et des arts visuels.

Comment composes-tu ta programmation ?

Il n’y a pas vraiment de règles. On s’y prend minimum un an à l’avance par rapport au projet en cours, cela peut aller jusqu’à deux ans et demi voire trois ans. L’année où nous avons programmé Underground Résistance, on avait commencé les démarches un an et demi en avance parce que ce sont des artistes qui ont des calendriers très chargés. Quant à Joanie Lemercier, à la Cathédrale Saint Michel, j’avais commencé à discuter avec lui deux ans et demi avant le festival et nous sommes revenus avec une proposition et le budget suffisant 1 an avant. Cela varie donc en fonction des artistes. Cette année nous venons juste de finir la programmation et je suis déjà en train de penser à celle de 2020.

Quant au thème, il n’y a pas de formule, nous décidons au fur et à mesure des idées qui nous viennent. Nous avons eu beaucoup de thèmes sur les villes mais aussi des thèmes plus généraux comme celui de cette année »

 

Que peux-tu nous dévoiler sur celui de cette année ?

Cette année, on travaille sur la saison culturelle « Liberté !» de la saison culturelle de la Mairie de Bordeaux. 

Le festival aura lieu du 24 au 26 juin, trois jours de la semaine, avant le départ en vacances et à la fin des examens scolaires.  L’invité d’honneur est l’artiste japonais Yosi Horikawa, adepte du field recording, qui compose des morceaux avec les sons captés en ville ou dans la nature.

En partenariat avec l'ONF, nous l'emmenons sur la côte girondine pour enregistrer les sons environnants de la région : peut-être des vagues, des oiseaux etc. qui sait ?

Le lundi, à l’issue de la période de mastering en partenariat avec le conservatoire Jacques Thibaud, Yosi fera une masterclass ouverte aux élèves du conservatoire et aux festivaliers avides d’apprendre le field recording.

S'en suivra la création originale aux Quais des Queyries, de Yosi Horikawa « Mirage Ô Miroir ». Un mur d’eau sur lequel seront projetées les visuels des artistes d’Organ’ Phantom accompagnés des danseurs du collectif Fish and Shoes. Cette performance pluridisciplinaire qui mêle danse musique et vidéo durera environ 45 minutes et pose la question philosophique suivante : la liberté est-elle un mirage ?Le mercredi, on clôture à l'Entrepôt Lainé avec la soirée Acid Harmonie : Fabrizio Rat franchira les barrières du classique en mélangeant les genres avec son live piano à queue et machines électro.

 

Y a-t-il un son qui pourrait nous mettre un peu dans le mood ?

Un son de Fabrizio Rat, Unconscious Mind. Ce qui renvoie autant à notre thème liberté qu’à l’univers dans lequel nous avons envie de vous immerger cette année.

 
 

Sur les précédentes saisons, si tu devais choisir un moment marquant pour toi, lequel serait-il et pourquoi ?

 En off, à la Basilique Saint Michel, il y a eu une période de répétition très longue qui a duré une semaine. Les sessions se faisaient de nuit. Les gargouilles de l’église étaient assez flippantes. À un moment donné, nous avions l’impression de voir des ombres et d’entendre des bruits. Nous sommes partis avec les lampes torches vérifier. En fait, il s’agissait de quelqu’un ayant accès à l’église par la porte de derrière et qui était rentré, par curiosité, écouter les répétitions.

2 ans après c’était le set d’Underground Resistance qui était génial : c’était très symbolique d’accueillir la techno de Detroit au coeur d’un musée à Bordeaux, c’était reconnaître ce mouvement musical au même titre que l’art contemporain. C’est dommage qu’on n’ait pas eu le droit d'enregistrer le live. En même temps c'est souvent le cas pour les têtes d'affiches, et c'est une démarche respectueuse des UR. Leur son et image leur appartiennent. De plus, ils sont très militants et impliqués : Cornellus, le manager du label, était au téléphone tout au long des balances essayant de gérer comme il le pouvait des problèmes outre atlantique liés avec la communauté à Détroit. Ils ne sont pas là pour boire du champagne ou pour le bling bling mais pour faire de la musique et oeuvrer socialement pour leur ville…

 

Sur les précédentes éditions, quel a été le plus gros challenge que vous avez rencontré sur le terrain ?

L’année dernière, trois dômes ont été montés in extremis parce que le fournisseur a eu un accident sur la route entre Paris et Bordeaux. On n'avait que deux nuits d'installation et on n'en avait déjà perdu une, on devait faire les balances, tester tous les logiciels pour envoyer quatre VPS en même temps en 360°, c’était vraiment le gros challenge ! En l’occurrence, Paul Garcia, l’artiste invité qui était aussi notre régisseur vidéo, se trouvait tout seul cette nuit-là, nous n’avions pas dormi depuis trois jours, ce qui rendait tout très dur physiquement. Heureusement, nous avons réussi à tout finir de justesse 5 minutes avant le début.

 

Y a-t-il eu des festivaliers qui t’ont marqué particulièrement ? Et comment ?

Les festivaliers nous ont marqué lors des 2 premières saisons passées à Darwin, En positif, c’était génial de se faire autant remercier chaque fois par le public.

Un souvenir surprenant : une personne qui avait réussit à grimper en s'agrippant à une gouttière 4 mètres. Là, on se dit comment est-ce possible ? Comment a-t-elle fait ? ...

 

Pour finir, une petite question perso, quel est ton son du moment et pourquoi ?

 Deena Abdelwahed, une artiste indépendante que je voulais bookée il y a 2 ans, il me semble elle va passer à l'Iboat en juillet.  Elle est assez militante et anti système, ne pas toujours répondre à la lettre à la demande du business de la musique. Elle a le dernier mot dans les décisions artistiques avec ses les collaborateurs (labels, managements etc. )...Enfin ce sont ces mots lors d'une interview.

 
 

Sinon mes autres artistes préférés : les artistes issus du label PGS , SHIGETO,  Pablo Ruiz et Black Noi$e. Toute cette lignée underground de Detroit qui n’est pas mise en avant par les médias... pour l'instant.

 

Par Erik-Allan Cardoso De Oliveira, publié le 02/05/2019.

 
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