Moi, Tonya, la deuxième personne la plus connue des Etats-Unis après Bill Clinton

 

Voilà l’histoire de Tonya Harding. La vraie histoire de Tonya Harding ; du moins selon les propos de l’intéressée puisque ni le FBI, ni sa mère ou son ex-compagnon, ne sauront au final, ce qui s’est vraiment passé.

Le film de Craig Gillespie, sorti en 2017, retrace l’histoire d’une patineuse artistique olympique américaine, qui a été la première à réaliser un triple axel (l’une des figures les plus difficiles à exécuter de la discipline) en compétition.

Malheureusement, ce n’est pas cet exploit qui a fait de Tonya Harding, la deuxième personnalité la plus connue des Etats-Unis après Bill Clinton. La jeune prodige du patin (sa carrière s’arrête à 23 ans) est sous les projecteurs pour son implication dans l’agression d’une autre patineuse américaine : c’est l’incident de sa vie. Il donne un autre tournant, tant à la carrière de la jeune femme, qu’au rythme du film, quasi biographique.

C’est une réalisation osée qu’entreprend Craig Gillespie. Le scénario s’implante sur l’interview de quatre témoins de la vie de Tonya : son ex-mari Jeff Gillooly, sa mère Lavona Harding, son ancienne coach Dianne Rawlinson, et la patineuse elle-même. Tous les rôles sont néanmoins joués par des acteurs, dans un format plutôt documentaire à première vue.

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Le montage alterne entre interview et flashback sur ce que racontent les « héros » de la vie de Tonya Harding. Ce qui anime le déroulement du film : l’intervention de Tonya, Jeff, ou d’autres, lors des flashbacks. Face caméra, dans le feu de l‘action, ils racontent le ressenti, ou la chute du moment décrit. Ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur ruse de cette technique pour imprégner son histoire, mais Craig Gillespie l’utilise de manière tellement inattendue, que plus qu’imprégnés, nous sommes émoustillés, au cœur de la scène, surpris du dialogue qui se met en place entre les personnages et nous-mêmes.

Malheureusement encore, au fil du film, les incidents dans la vie de Tonya Harding se bousculent. Après s’être échappée de la main lourde de sa mère, de son autorité sanglante, de sa soumission; elle se retrouve prisonnière des mains violentes, et humiliantes de son mari. Aussi douée qu’insolente, elle se voit mise en difficulté lors des compétitions de patinage, pour son attitude, et sa tenue, au sens propre comme figuré.

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Le film s’est attaché à traduire cette facette de l’histoire de la patineuse, en empruntant les mêmes costumes (à la perle près) que ceux dans lesquelles Tonya Harding patinait. À travers son histoire, le long-métrage décrit également plusieurs faits de société, comme la violence dans les milieux modestes des Etats-Unis des années 90 et la discrimination sociale dans les milieux sportifs, tel que le patinage artistique.

En plus des costumes, le film met en scène des événements marquants de la carrière de Tonya, et se rapproche alors de très près d’une biographie filmée de la jeune sportive. L’introduction du film, en dit d’ailleurs long sur le travail fourni avant le tournage, pour tenter de réaliser un document le plus objectif et vraisemblable possible : « d’après des entretiens dénoués d’ironie, follement contradictoires, et totalement véridiques avec Tonya Harding et Jeff Gillooly ».

Tonya Harding, apparaît aussi fragile qu’acharnée. Elle parvient tout de même à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Lillehammer. La mise en scène crée un sentiment paradoxal : tout en centrant le récit sur l’incident, il semble impensable de retenir seulement cet aspect de la vie de Tonya, souffrante, enivrante.

Moi, Tonya, la deuxième personne la plus connue des Etats-Unis après Bill Clinton, patineuse artistique olympique, qui devient boxeuse, et qui même le visage tâché de sang, nous tient tête à la fin du film.

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LE PLUS

L’imprégnation de Margot Robbie dans le rôle de Tonya Harding, qui nous rappelle étonnement son rôle dans Sucide Squade, mais qui nous fait encore et encore adorer l’actrice.

 

Par Solène Bisaga, publié le 27/03/2019

 
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