« Grâce à Dieu » ou plutôt grâce à eux !

 
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À la fois attendu et contesté, notamment par le père Preynat et ses avocats, « Grâce à Dieu » réalisé par François Ozon a bel et très bien fait son entrée en salle.

C’est un sujet polémique, parfois rempli d’amalgame, auquel se frotte le réalisateur : les actes de pédophilie dans l’Eglise catholique. Et plus polémique encore, François Ozon désigne nommément le prêtre accusé de ces crimes.

C’est avec effroi que nous découvrons les histoires de plusieurs hommes, ayant tous croisé le chemin du père Preynat. Tous abusés, tous fragilisés, parfois violés, le film relate le témoignage émouvant de ces pères, maris, compagnons, professionnels et tant d’autres qualificatifs, marqués par les actes de leur représentant ecclésiastique.

Tous se réunissent avec courage pour fonder La parole Libérée, association réunissant les victimes du bourreau du groupe Saint-Luc, près de Lyon. Certains des faits sont prescrits, mais d’autres hommes peuvent encore porter plainte. Il se réunissent, cherchent d’autres victimes et se racontent pudiquement leur histoire. Quand ? Comment ? Combien de temps ?

Leur combat : la mise à pied religieuse de la fonction de prêtre du père Preynat et la sanction d’une partie du corps de l’Eglise, dont la légitimité du silence est aujourd’hui remise en cause notamment dans le procès du Cardinal Barbarin. Il est par ailleurs jugé coupable le 07 mars 2019 pour non dénonciation d’actes pédophiles et condamné à six mois de prison avec sursis (la décision est aujourd’hui en appel). Les autres membres de l’Eglise, jugés à ses côtés pour les mêmes faits, ont quant à eux été relaxés.

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Une des réflexions qui habite le plus après la lecture du film, s’apparente à la différence. Tous ont subi le même crime, exécuté par la même personne, et pourtant… Malgré un courage commun, tous ces hommes montrent des séquelles distinctes.

Le film dévoile également les répercutions que de tels actes peuvent avoir sur la sexualité, le rapport au corps, mais aussi à l’autre. Il traduit la remise en cause, net ou tangible, de la croyance, de la foi en une religion et en des figures religieuses. Puisqu’en visionnant leur histoire, une question revient assez souvent, notamment en ce qui concerne l’homme qui fait entendre sa voix en premier : comment arrive-t-il encore à avoir la foi ? Sa sagesse est certainement bien plus importante que notre sentiment face à son histoire.

Avec audace, François Ozon nous entraine également dans l’entourage des victimes, et dans l’ampleur déstabilisante que peut parfois, prendre un tel combat.

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Le film ne délivre pas pour autant une émulation contre l’Eglise catholique, mais dénonce avec délicatesse et une certaine forme d’élégance dans le montage des histoires, la souffrance des victimes de ce prêtre, qui bien que n’étant pas le seul au sein de l’Eglise, ne représente pas la majorité des professionnels religieux. Avec brio, le film nous recadre sur les aprioris et les blagues véreuses, que nous pouvons avoir sur les prêtres et la question des enfants. Il nous coupe d’une part, l’envie de plaisanter sur ce sujet, et d’autre part de faire de ces cas de criminalité, des généralités.

Nous terminons le long-métrage, par quelques phrases qui nous laissent stupéfaites. Mais ces phrases forment la raison pour laquelle, « Grâce à Dieu », a pu faire son entrée dans les salles de cinéma. En effet, indiquant que le père Preynat n’a pas encore été jugé et qu’il est aujourd’hui en présomption d’innocence, elles sont estimées par les juges comme ne collaborant pas à l’encontre de l’accusé.

Grâce à Dieu ou plutôt grâce à eux, tous ces hommes sortis du silence, qui racontent leur histoire dans un film poignant, dont l’émotion qu’il provoque, peut difficilement être contenue.

 

Par Solène Bisaga, publié le 25/03/2019

 
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Le jeu des acteurs, qui ayant échangé avec les victimes, parviennent à délivrer une performance juste, qui n’appelle ni à la haine, ni à la pitié.

 
 
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