American Beauty, ode à la beauté, l'histoire d'une scène culte

 
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de sam Mendes

American Beauty c’est l’histoire de Lester - interprété par le grand Kevin Spacey -, un père de famille de 40 ans. Il a une vie qui l’ennuie, une fille qui ne l’aime pas, une femme hystérique, et un travail qu’il ne supporte plus. Quand il se découvre du désir pour l’amie adolescente de sa fille, Lester commence à retrouver goût à la vie, mais c’est sans se douter de la fin tragique qui l’attend.

Sam Mendes nous conte un thriller renversé où le narrateur nous annonce dès le départ sa mort prochaine, nous invitant à trouver qui sera l'assassin parmi les personnages que l'on rencontre au fur et à mesure du film.

À travers ce film, on nous dépeint une superbe critique du rêve américain.

Mais « American Beauty » c’est avant tout une scène. Celle entre Rick - interprété par Wes Bentley - et Jane - interprétée par Thora Birch - scène d’éloge à la beauté.

Rick invite Jane à regarder chez lui « la plus belle chose qu’il a filmé », c’est alors qu’il lui montre une vidéo d’un sac plastique qui s’envole, danse, grâce à la légèreté du vent.

Et parfois je me dis qu’il y a tant de beauté dans le monde que c’en est insoutenable. Et mon coeur est sur le point de s’abandonner

S’en suit une scène fantastique, remplie de lyrisme, où Ricky se placerait en tant que porte parole de la beauté, il est celui qui arrive à percevoir la beauté du monde dans sa pure simplicité. Il est le seul à comprendre que le bonheur, la beauté, réside dans ce qui nous échappe, comme ce sac plastique, libre comme l’air qui danse avec nous au gré du vent.

Ricky, personnage énigmatique, emporté par la beauté qui l’entoure, est d’un charme fou. Et le discours qu’il fait face à cette vidéo est digne d’un poème que l’on pourrait étudier pendant plusieurs heures. Sans oublier la mélodie enivrante, voire hypnotisante, composée par Thomas Newman, qui nous plonge encore plus avec Jane et Ricky dans cette expérience.

Dans une interview, le scénariste Alan Ball raconte que cette scène est tirée d’un fait réel. 

Ricky dit : « La vidéo est une piètre excuse, mais elle m’aide à me souvenir”. Parce que ce n’est pas la vidéo sur laquelle il se concentre; c’est l’expérience elle-même. Il est très connecté au monde qui l’entoure. »
— Alan Ball (interview Amazon)

Il était dans la rue et a vu ce sac plastique voler en l’air au gré du vent, il avoue avoir regretté - contrairement à Ricky - de ne pas avoir eu une caméra sur lui à cet instant pour capturer ce moment magique.

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Un grand du cinéma, Dziga Vertov, a écrit en 1923 un manifeste sur le ciné-œil, c’est-à-dire la place de l’œil du cinéaste, et ce qu’il signifie. Ricky avec sa vidéo pourrait parfaitement illustrer cette idée.

Je suis un œil. Un oeil mécanique.[…] Désormais je serai libéré de l’immobilité humaine. Je suis en perpétuel mouvement. 
— Manifeste de Dziga Vertov (1923)

Je ne sais pas si Mendes ou Ball faisait référence à Vertov dans cette scène, mais si nous partons là-dessus, cette idée de ciné-œil, vue dans cette vidéo du « cinéaste » Ricky, pourrait alors être le point central du film.

Le « Beauty » du titre serait alors cette beauté capturée dans tout ce qu’il y a de plus banal, de plus mauvais (comme l’American Dream). Ce film serait alors à la fois une critique et un manifeste de ce rêve américain.

Tout cela nous plonge dans un univers poétique, où la beauté qui nous entoure serait la seule à pouvoir nous sauver de cet American Dream en pleine déchéance.
Cette scène à elle seule donne tout son sens au titre « American Beauty ».

Film phare, « American Beauty » remportera l’oscar du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure photographie (et plus encore) en 2000.

Peinture du rêve américain et de ses imperfections, « American Beauty » nous fait plonger dans un univers où beauté, sexualité, frustration et renaissance se confondent pour notre plus grand plaisir.

FUN FACT

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Dans la version originale du film, Ricky et Jane devaient être impliqués dans un procès pour la mort de Lester et être déclarés coupables.
En effet, dans le film, il y a une vidéo où Jane demande à Ricky de tuer Lester, c’est même la première image qu’on voit du film. 

- Tu veux que je le tue pour toi ?

- Oui, tu le ferais ?

Le procès a été tourné mais supprimé au montage car, comme le dit le scénariste Allan Ball dans une interview, : « Cette histoire d’amour est déchirante [celle de Ricky et Jane] et que le procès était également en contradiction avec tout le cœur du film, elle s’est tout simplement effondrée ».

 

Par Alice Royer, publié le 26/02/2019

 
 
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