Fenêtres : une poésie méditative signée Kelly

 
Ellsworth Kelly avec  Window Museum of Modern Art Paris , autour de 1950

Ellsworth Kelly avec Window Museum of Modern Art Paris, autour de 1950

Sur cette photo, on peut apercevoir Ellsworth Kelly près de son œuvre Window Museum of Modern Art, le Musée d’Art Moderne de Paris devenu le Palais de Tokyo. Connu pour son art abstrait et coloré, Ellsworth Kelly fait l’objet d’une exposition au Centre Pompidou qui diffère de ses précédentes. “Fenêtres”, c’est le thème qui correspond à une période de la vie de Kelly, celle qu’il commence à Paris. Né en 1923, il étudie l’art dès son adolescence. C’est en 1944 qu’il débarque pour la première fois sur les plages normandes, mais il est vite contraint de repartir, sans même avoir pu visiter le musée du Louvre, fermé pour éviter les pillages de la guerre. À la fin de l’année 1948, il fait son grand retour à Paris et s’y installe jusqu’en juin 1954 où il produit tel un acharné une grande quantité d’œuvres malgré ses moyens très réduits. On apprendra même qu’il achetait aux bouquinistes des quais parisiens des estampes au kilo pour pouvoir y dessiner au dos. 

Aidé par la bourse de l’État américain aux soldats démobilisés, il s’installe à l’Hôtel de Bourgogne sur l’Île Saint-Louis (devenu depuis le renommé glacier Bertillon) et transforme sa chambre en atelier. C’est durant cette période qu’il commence à constituer ses premières œuvres appelées Fenêtres et qui sont réunies pour la première fois. Des peintures, dessins, esquisses et photographies ont également été rassemblées par le commissaire de l’exposition, Alfred Pacquement, en collaboration avec la Fondation Ellsworth Kelly (Spencertown, NY), pour y faire écho.  

Study for Window, Museum of Modern Art, Paris - Ellsworth Kelly

Study for Window, Museum of Modern Art, Paris - Ellsworth Kelly

La particularité du travail de Kelly sur les fenêtres est qu’il conçoit ses œuvres en tant que structure, sans aucune connotation de transparence et c’est bien cette opacité qui le rend si distinctif. Flâneur dans l’âme, Kelly aime tout particulièrement se promener dans Paris, il passe son temps à observer plus qu’à parler ; l’artiste strasbourgeois Jean Arp ira jusqu’à l’appeler affectueusement « l’américain qui ne parle pas ».  

Kelly affirme une fois de plus à travers cette formidable exposition son attrait pour l’abstraction déduite de son observation du monde. C’est l’affirmation d’une esthétique qu’il nommera « already made », c’est-à-dire déjà présente dans la nature. Il écrira à ce sujet, en 1969 : « Après avoir construit Fenêtre avec deux toiles et un cadre de bois, je me suis rendu compte que, désormais, la peinture telle que je l’avais connue était terminée pour moi. À l’avenir, les œuvres devraient être des objets, non signés, anonymes. Partout où je regardais, tout ce que je voyais devenait quelque chose à réaliser ; tout devait être exactement ce que c’était, sans rien de superflu. C’était une liberté nouvelle : je n’avais plus besoin de composer. Le sujet était là, déjà fait, et tout était matière. Tout m’appartenait : la verrière d’une usine avec ses panneaux cassés et rapiécés, les lignes d’une carte routière, le coin d’un tableau de Braque, des bouts de papier dans la rue. Tout était pareil ; tout convenait. ». 

Window I , 1949 - Ellsworth Kelly

Window I, 1949 - Ellsworth Kelly

White Over Black III , 2015 - Ellsworth Kelly

White Over Black III, 2015 - Ellsworth Kelly

Au fil de la découverte de ce corpus, on parvient à s’approprier la dimension poétique qui transparait de ses tableaux objets, minimalistes avant l’heure, voire méditatifs, qu’on pourrait même apparenter à l’art japonais et c’est sans doute ce qui l’a conduit à devenir l’une des plus grandes figures de l’art abstrait américain. 

Sa dernière œuvre, White over Black III (2015), retrouvée achevée dans son atelier le jour de sa mort, échappe incontestablement à la chronologie du séjour français de Kelly mais a tout de même trouvé sa place dans cette exposition. En effet ce grand tableau en noir et blanc évoque la fameuse fenêtre du Musée national d'art moderne qui sera à l’origine de son inspiration dans la création de sa plus célèbre œuvre : Window Museum of Modern Art. C’est justement ce tableau qu’il décida d’offrir, quelques mois avant son décès, au Centre Pompidou et qui aujourd’hui ouvre grand la fenêtre sur son art. 

 

Par Lisa Marguenot, publié le 20/03/2018

 
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