Le design est partout !

 
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Deyan Sudjic est un journaliste, qui depuis 2006, dirige le Design Museum de Londres, et qui dans cet essai raconte l’histoire des objets. Des icônes du design aux designers iconiques, l’auteur livre une appréciation aussi universelle et historique que personnelle et actuelle, de toutes les créations qui nous entoure.

Une introduction intitulée « Les objets ont inondé le monde » ouvre le sujet du livre sur le langage des objets. Par une approche économique, Deyan Sudjic parvient dès le début de son analyse à valoriser le rapport étroit que nous entretenons, avec la publicité, la sublimation détestée du designer, et notre passion pour chaque objet de consommation qui nous entoure. Ce que rappelle le journaliste, c’est le pouvoir évocateur de chaque objet « réel » ou « non réel » (selon  les propos de Berger) qui rend si attractif la moindre chose qui nous entoure. En effet, si la traduction française de l’ouvrage de Sudjic cite le terme « objets », l’analyse anglaise (en version originale) est dénommé The Language of things, littéralement « langage des choses ».

Aussi critique, que drôle, l’analyse de Deyan Sudjic se construit en cinq parties : le langage, le design et ses archétypes, le luxe, la mode et l’art.

Dans son premier axe de réflexion, l’auteur explique par le biais de plusieurs objets iconiques, le sens du mot « langage », qu’il utilise pour annoncer le premier qualificatif des objets. Il parvient à nous faire acquiescer par un mouvement de tête, ce qu’il décrit dans la stratégie marketing des ordinateurs Apple ; ou encore face au dédain qu’il entretient pour Philipp Stark, jugé génial (dans le sens premier du terme) au profit d’un Raymond Loewy, dont le nom est bien connu. Ordinateur, calculatrice, couvert, paquets de cigarettes, sont les outils sur lesquels s’appuie Deyan Sudjic pour démontrer à quel point l’être humain se sert des objets pour signifier ce qu’il est, ce qu’il souhaite et ce qu’il a envie de montrer.

C’est donc dès le premier volet, que nous comprenons que le terme « langage » utilisé par le journaliste, qui n’est pas apparenté à une position philosophique complexe à envisager, mais simplement au fait, que les objets (et donc la manière dont ils sont conçus) parlent et livrent des informations sur chacun d’entre nous.

Deyan Sudjic poursuit, après avoir dressé le portrait sarcastique de quelques grands designers, sur les objets stars, vedettes de l’émergence du design et qui ont participé à sa construction. Avec stupéfaction, nous redécouvrons des objets pas vraiment signifiants à nos yeux. L’auteur parvient à créer une fascination pour ces choses qui sont aujourd’hui (avant la lecture de l’ouvrage), à la frontière entre vintage et « has been ». Mais à travers tous ces exemples, aussi intéressants les uns que les autres, dans la mesure où ce objets sont notre quotidien, l’analyse du journaliste rappelle que le design n’est pas seulement visuel, mais qu’il fait bien appel à tous nos sens…. à méditer.

 
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C’est ensuite un passage intéressant et quelque peu surprenant sur le luxe qui alimente l’analyse de l’auteur. Si nous avons tous nos évocateurs du luxe aujourd’hui, Deyan Sudjic en utilise des bien différents. Pas de maroquinerie, ou de haute couture, le journaliste centre son analyse sur le mobilier et sa création artisanale. L’auteur estime que le luxe naît dans les choses les plus simples, grâce à la rareté. Par le biais de quelques exemples annexes au mobilier, Deyan Sudjic décortique les tentatives heureuses ou non des designers, industriels et artisans, de faire d’une chose quotidienne, un objet de luxe.

Passage obligé par la mode, nous comprenons dès les premières pages du chapitre, pour quelles raisons elle est si peu abordée dans le luxe. Tout simplement, parce que comme lui, la mode passe de l’artisanat à l’industrie et qu’elle devient le luxe, qu’elle le repend, et qu’elle forme une entité du luxe à part entière, ne pouvant être confondue avec lui, analysé de manière générale. Histoire des maisons, des défilés, haute couture et prêt à porter, la mode rejoint le rang des choses qui nous parle et dont nous aimons parler.

Le dernier chapitre sur l’art, ou plutôt sur le rapport entre l’art et le design , évoque des questionnements, plus que contemporains, sur l’individualité d’un designer. Emprunte-t-il son talent, ses idées, aux artistes, peintres, photographes ? Est-il lui-même un artiste ? L’art est-il au plus proche du design par la volonté commune de l’embellissement de notre quotidien, par la production en série ? Deyan Sudjic répond à ces interrogations qui bien qu’actuelles, sont en réalité universelles et intemporelles.

Le design est partout, et nous l’intégrons à mesure de la lecture de l’essai de Deyan Sudjic, qui nous fait à la fois redécouvrir des objets que nous connaissions tous, en tentant de nous faire comprendre le design.

Le plus : si un chapitre vous intéresse plus qu’un autre, le fil est facile à prendre en cours de route, et aucune obligation de lire d’une traite !

 

Par Solène Bisaga, publié le 19/03/2019

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